adrien Bayssellance

Armoiries de Bordeaux

ADRIEN BAYSSELLANCE fut maire de Bordeaux de 1888 à 1892

Sa biographie vue par son neveu 

Une rue porte son nom dans le quartier St-Genes plaque rue beysselance

FICHE HEREDIS

Jean Adrien BAYSSELLANCE

25 mai 1829 - 25 juillet 1907

 

Jean Adrien BAYSSELLANCE est né le 25 mai 1829 à la Negrie à  Queyssac (Dordogne), est décédé le 25 juillet 1907 à Bordeaux (Gironde), à l'âge de 78 ans.

     Il est le fils légitime de Jean BAYSSELLANCE (1784‑1866), âgé de 44 ans, et d'Elisabeth LOREILHE (1792‑1857), âgée de 37 ans.

 

     Les autres informations connues pour Jean Adrien sont :
Profession : Maire Bx, Ingénieur

 

Il se marie avec Jeanne Marie Eloîse GUÉDON (1833‑), fille de Cesar GUÉDON le 14 janvier 1856 à Criteuil-la-Magdeleine (Charente). Jean Adrien a 26 ans et Jeanne Marie Eloîse a 22 ans.

 

PHOTOS

Individu

 Acte décès

adrien Bayssellance

 

Acte naissance

 

 

 


CHRONOLOGIE

 

Naissance

25 mai 1829 - Queyssac (Dordogne)

3

ans

Naissance de sa conjointe Jeanne Marie Eloîse GUÉDON

15 mai 1833 - Criteuil-la-Magdeleine (Charente)

26

ans

Mariage avec Jeanne Marie Eloîse GUÉDON

14 janvier 1856 - Criteuil-la-Magdeleine (Charente)

27

ans

Décès de sa mère Elisabeth LOREILHE

10 mars 1857 - La Negrie - Queyssac (Dordogne)

35

ans

Décès de son frère Jean Oscar BAYSSELLANCE

13 avril 1865 - Angers (Maine-et-Loire)

36

ans

Décès de son père Jean BAYSSELLANCE

15 février 1866 - la Negrie - Queyssac (Dordogne)

57

ans

Décès de son frère Pierre Emile BAYSSELLANCE

8 mars 1887

73

ans

Décès de sa sœur Jeanne Elisabeth Isoline BAYSSELLANCE

16 mars 1903 - Bergerac (Dordogne)

78

ans

Décès

25 juillet 1907 - Bordeaux (Gironde)

 

maison A Bayssellance quartier St Genes

Adrien Bayssellance  se reposant dans le jardin de sa maison dans le quartier St Genes à Bordeaux. La rue porte son nom actuellement.

 

rue A Bayssellance quartier St Genes

Extrait des médaillons bordelais.

Bayssellance(Adrien Jean) est né le 24 mai 1829 à la Négrie, commune de Queyssac (Dordogne). Il est décédé à Bordeaux le 25 juillet 1907. Ses ascendants appartenaient à deux anciennes familles protestantes du pays. Son père était notaire à Bergerac.

Adrien Bayssellance fit ses études au collège protestant de Sainte-Foy la Grande. Reçu bachelier à seize ans, il passa un an au Collège Royal de Metz, qui avait alors pour censeur monsieur Broca de Sainte-Foy la Grande, et en 1846 il fut admis à l'Ecole Polytechnique où son frère aîné l'avait précédé.

Le 24 février 1848, les élèves de cette école étant allés se mettre à la disposition du Gouvernement provisoire pour le rétablissement de long, les études furent interrompues, et, au mois de mai de la même année, la promotion dont il faisait partie fut affectée sans examen au service public. Nommé d'abord élève ingénieur des ponts et chaussées, Adrien Bayssellance opta pour le Génie Maritime et entra à l'école d'application de Lorient. Nous le trouvons, en 1850, sous ingénieur à Brest; en 1854 à Rochefort, et, en l859 détaché à Tarbes, au service des recettes des voies de la Marine dans le bassin de la Gironde.

En 1865, il vint à Toulon où il fut chargé de l'armement de l'escadre cuirassée et obtint l'année suivante la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur.

Appelé à diriger les réparations de plusieurs cuirassés étrangers, il fut décoré des ordres de Sainte-Anne de Russie, de Charles III d. Espagne et de la Couronne d'Italie.

Envoyé à Marseille en 1870, monsieur Bayssellance se trouva au moment de la guerre, chargé de nombreuses commandes faites à l'industrie privée. il contribua au rétablissement de l'ordre dans cette ville en mars 1871

Il contribua au rétablissement de l'ordre dans cette ville en mars 1871. à cette occasion, il fut promu au grade d'officier de la Légion d'Honneur. En 1905 il fut fait commandeur et obtint une couronne civique de la Société d'Encouragement au bien.

Rappelé peu de temps après à Toulon, tout en conservant le service de Marseille, il fut envoyé à Bordeaux l'année suivante et y prit la direction du service des bois et fers et de la surveillance des constructions navales confiées à l'industrie privée. Il conserva cette direction jusqu. en 1876, époque où ce service fut supprimé momentanément. Monsieur Bayssellance fut alors nommé sous-directeur aux forges de la Chaussade à Guérigny ( Nièvre). Directeur par intérim de ces forges, au moment des élections d'octobre 1877, il s'opposa énergiquement à ce qu'aucune pression fût exercée sur le personnel de l'usine en faveur du Ministère de Broglie-Fourtou.

Peu de temps après, il demanda à prendre sa retraite pour revenir au milieu de ses amis de Bordeaux. Il ne tarda pas à être investi de mandats de confiance par une population qui avait su l'apprécier.

Elu conseiller municipal en 1878, monsieur Adrien Bayssellance fut nommé adjoint délégué aux travaux publics, sous l'administration de monsieur Albert Brandenburg. Il remplit ces fonctions avec beaucoup de compétences et de dévouement jusqu'aux élections de 1884, après lesquelles il tint à rester simple conseiller municipal. Aux élections de 1888, nommé le premier sur la liste il céda aux sollicitations de ses collègues du conseil et accepta les fonctions de maire qu'il conserva jusqu'en 1892, sans aucun souci de popularité personnelle. À cette époque, il ne fut pas réélu.

Nous ne donnerons qu'une idée incomplète des services rendus à notre cité par monsieur Bayssellance, en indiquant ci-après les principaux travaux exécutés sous sa direction ou dus à son intelligente initiative.

Comme adjoint, l'S.uvre la plus importante à laquelle il s'attacha fut l'augmentation du volume des eaux de la ville de Bordeaux.

Après avoir étudié plusieurs combinaisons pour prendre les eaux d'arrosage dans la Garonne ou dans les jales, il proposa l'acquisition et l'adduction à Bordeaux de la magnifique source de Budos, donnant 300 l par seconde d'eau excellente. À cause de la distance à franchir (plus de quarante kilomètres) la dépense totale devait être de plus de cinq millions. Pour couvrir cette dépense, sans augmenter les charges des contribuables, monsieur Bayssellance proposa la conversion des anciens emprunts de la ville. Cette opération donna une somme de plus de douze millions disponibles et permit de faire le percement de la rue Clare prolongée de construction de plusieurs écoles communales etc. etc.

Parmi les travaux déjà commencés dont il eut à s'occuper comme adjoint, nous citerons :

La construction du lycée, du Musée des Tableaux, des églises Saint Louis et Sainte-Marie.

Les principaux travaux entrepris par les municipalités dont fit partie monsieur Bayssellance comme adjoint délégué aux travaux publics sont les suivants :

La construction de la Faculté des Lettres et des Sciences, de la Faculté de Médecine et de l'annexe de Saint Raphaël.

La couverture du marché des Capucins.

La restauration du Grand Théâtre (1881)

La reconstruction de l'église Saint Pierre.

Vive impulsion donnée à la construction des trottoirs dans les rues non pavées, à titre de premier pavage, au bénéfice de la ville comme des propriétaires.

Percement du cours Tauzia (un projet fut dressé alors pour le prolonger jusqu'à la place Saint Michel, puis le relier, parallèlement à la rue des Faures et à la rue Bouquière, avec la rue Ravez qu'on devait prolonger jusqu'au cours du Chapeau-Rouge).

Le classement de diverses rues et notamment la transformation du quartier du Sablona.

On doit à un monsieur Bayssellance, en fait de travaux personnels de la même époque, la refonte des nombreux arrêtés réglant la voirie et un règlement général.

Comme maire de Bordeaux, de 1888 à1892, on lui doit aussi :

Les négociations pour obtenir l'École supérieure de la Santé de la Marine, son installation provisoire, les projets et le commencement de son installation définitive.

Les études et la mise en oeuvre du percement de la rue Saint Vincent de Paul.

La passerelle de la rue Bouthier à la Bastide.

L'achèvement de l'Athénée et de la Bibliothèque de la Ville.

L'achat et l'installation du domaine de Carrière.

L'organisation de la caisse de prévoyance et de la Bourse Municipale du Travail.

La création du bureau d'hygiène, de l'Office central de Charité, du Bulletin officiel municipal de la ville de Bordeaux, des Rapports annuels du Maire au conseil municipal.

La préparation d'un projet de réseau général d'égouts et d'un emprunt de six millions de francs pour le réaliser. Dans cette somme était compris l'achèvement de l'Hôpital des enfants, la caserne des pompiers, et un projet de lycée de fille avec internat.

La publication de la Monographie de Bordeaux ouvrage formant trois volumes in 4°, accompagnés d'un magnifique atlas.

 

Ce travail rédigé avec la collaboration de plusieurs savants bordelais, est un tableau on ne peut plus fidèle de Bordeaux de 1892.. Il contient quelques aperçus rétrospectifs très curieux et il fournira une somme énorme de documents précieux pour ce qui viendront plus tard connaître le Bordeaux de notre époque.

N'oublions pas de rappeler que Monsieur Bayssellance mit toujours une louable énergie au service de l'ordre, et, parmi les mesures qu'il a prises dans ce but, nous citerons :

Fermeture du Congrès ouvrier, qui avait arboré le drapeau rouge.

Arrêté interdisant l'emploi du drapeau national comme enseigne des débits.

Lettre sur les journaux pornographiques, qui eut un grand retentissement.

Depuis que monsieur Bayssellance a fait de Bordeaux sa cité d'adoption, son temps et ses autres capacités ont été en grande partie absorbées par nos affaires municipales. Ses moments de liberté ont été consacrés aux études scientifiques et aux diverses sociétés dont il faisait partie.

Le touriste fervent de notre région pyrénéenne, monsieur Bayssellance avait publié antérieurement à 1872, un relief aux 1/40 millièmes des montagnes de la vallée d'Ossau, qui est le fruit de vingt-cinq années de courses et de travail. Un exemplaire de ce relief et déposé au musée de Pau et un autre dans l'établissement des Eaux-Bonnes. Il a été fait une vue à vol d'oiseau de cette belle vallée d'après une photographie de ce relief.

Monsieur Bayssellance avait écrit à cette même époque divers articles sur les Pyrénées et sur les traces de la période glacière dans la vallée d'Ossau en particulier. Ces articles furent insérés dans le bulletin de la société Ramond et dans l'annuaire du Club Alpin.

En 1879, il a fait paraître une brochure intitulée : Représentation proportionnelle des minorités au moyen d'une nouvelle méthode de scrutin. Paris Fischbacher in-8°, 20 pages.

 

Dans les sociétés savantes ou les associations philanthropiques dont il faisait partie, monsieur Bayssellance a souvent payé de sa personne ; aussi bien des fois, ses collègues l'ont-ils bien des fois appelé au premier rang.

La section du sud-ouest du Club Alpin français surtout a pris, grâce à son zèle, à son activité, à ses efforts, une grande importance.

 

Monsieur Bayssellance a été :

Président que la Société Philomathique en 1893

Président de la Société des Sciences Physiques et Naturelles en 1876 et en 1894

Président de la Société d'Hygiène Publique en 1883-84 et 1884-85

Président de la Société d'Anthropologie en 1885 et 87

Aujourd'hui il est:

Président de la Société des Bains à bon marché depuis sa création

Président du comité départemental des habitations à bon marché.

Président fondateur du Sport Nautique de la Gironde depuis 1878

Président de la section du Sud-ouest du Club Alpin Français depuis 1878

Vice-président de l'Oeuvre de l'Hospitalité de nuit depuis sa formation.

Administrateur du Dépôt de Mendicité et de la Société de Secours aux Blessés Militaires.

Membre de la Délégation libérale des Eglises Réformées de France.

 

Une telle énumération dit assez ce qu'est l'homme de coeur, le citoyen dévoué à son pays, dont nous donnons aujourd'hui le portrait.

 

Il convient d'ajouter qu'à une grande énergie pour faire prévaloir le juste et le bien, monsieur Bayssellance unit une affabilité, une aménité une bonté parfaite. Par la loyauté, la pureté et l'élévation des sentiments, il attire l'estime de tous ceux qui l'approchent.

article sudouest La reouverture du refuge Bayssellance
Article SudOuest

article sudouest

Article paru dans  Sud-Ouest à propos d'un pont transbordeur sur la Garonne

27 sept 2008

 

carricature Bayssellance
Carricature parue dans le Polichinelle

Maires célèbres

adrien bayssellance
Articles parus dans "Le Protestant

Discours pour la Société Philomathique de Bordeaux

La petite histoire d'Adrien Bayssellance racontée par son neveu Oscar Bayssellance


  

J'arrive maintenant à l'oncle Adrien, celui que j'ai le mieux et le plus longtemps connu des membres de la famille de mon père. Ce fut le membre le plus marquant de la famille. Alors que les premiers enfants de mon grand-père s’étaient succédés à des intervalles assez rapprochés 1819 (Isoline) 1920 (Oscar) 1922 (Émile), l'oncle Adrien fut un petit retardataire, venant au monde dix ans après sa soeur et sept ans après son frère le plus jeune. Il fut dont le benjamin de la famille, il n'avait que neuf ans quand son frère entra à l'école Polytechnique. Il était en admiration devant lui, aussi, dès son jeune âge il pensa faire comme lui. Il se débrouilla si bien qu'à 17 ans il y fut admis à son tour.
Il avait toujours été un petit garçon, bien sage, bien appliqué, bien raisonnable. Il fut élevé pensionnaire au collège protestant de Sainte-Foy. Une fois qu'il prit son bachot il alla à Metz, je crois, faire ses mathématiques spéciales pour préparer Polytechnique où il fut reçu dans un bon rang.
Il était le conscrit de monsieur de Freycinet l'ancien homme politique, souvent ministre et plusieurs fois Président du Conseil. Un conscrit, à l'Ecole Polytechnique c’est celui de la promotion suivant qui a le même numéro d’entrée. L'ancien et le mentor de son conscrit, et il y a entre les deux numéros une camaraderie un peu plus grande.
Mon oncle faisait sa deuxième année Polytechnique quand survint la révolution de février 1848 qui établit la république en renversant Louis Philippe. Les polytechniciens étaient assez sujets à se mettre au premier rang dans ces changements de régime. Ils allaient en chantant : « Mourrons pour la patrie », mais ils terminaient en criant : « Mouron... pour les petits oiseaux ! » En imitant le cri du marchand de mouron qui parcourait les rues de Paris qu'en annonçant sa marchandise. C'est-à-dire qu'ils le prenaient un peu à la blague.
Grâce à cette révolution la deuxième année des polytechniciens fût écourtée, et avant la fin de l'année ils furent envoyés dans leurs écoles d'application. L'oncle que son numéro désignait pour les Ponts et Chaussées dut permuter car il choisit le Génie Maritime et fut envoyé à l'Ecole des Applications de Lorient.
Il m'a raconté autrefois son premier voyage. Il avait eu un congé et rallia Lorient depuis la Négrie. Comme il fallait partir à date fixe on devait retenir sa place à l'avance sur la diligence. Il ne trouva pas de place et du faire le voyage sous la bâche avec ses bagages. On roulait jour et nuit, on s’arrêtait juste à certains relais pour déjeuner ou pour dîner. C'était moins que confortable, et ne valait même pas notre troisième classe actuelle. Il mit plusieurs jours pour aller de la Négrie à Lorient.
Il resta à Lorient, je crois, et fut occupé aux réparations du bagne, car il y a avez un bagne à cette époque là. Après Lorient l'oncle fut envoyé à Tarbes dans un poste et un service qu'il lui plaisait infiniment. Il était chargé avec un secrétaire, qui était un premier maître (Sergent) de parcourir les forêts de l'état pour voir les arbres bons pour la marine.(A cette époque ont construisait encore en bois) et désignait ceux qu'il fallait couper. Avec son secrétaire, le père Guarrigues j'ai connu à Buenos Ayres, (voir le deuxième volume de mes voyages), il parcourut les forêts domaniales de toute la région des Eaux Bonnes dans les Pyrénées, et il devint s'il ne l’était déjà un fervent de l’alpinisme.
Il fit un relief à échelle des hauteurs exactes de toute cette région. Chaque année il le modifiait, le corrigeait en mesure qu'il faisait des excursions nouvelles. Il y a travaillé toute sa vie. Il était en cire qui permettait les retouches et de temps en temps il le faisait mouler. Ce relief fut exposé bien souvent procurant à l'oncle de nombreuses médailles et j'ai vu un de ses plâtres dans un musée à... la Plata en République Argentine. Il a dû laisser l'original au club alpin et les épreuves à différents musées. Il n'a pas songé à m’en donner un, je n'ai pas osé lui en demander un exemplaire.
Il resta dans ce poste le plus longtemps qui put, mais en augmentant en grade il fut obligé de partir pour occuper un autre poste. Il me semble qu'il y resta quatorze ans. Il avait été, avant, sous l'Empire chargé de l'entretien d'un Aviso: l’Aigle qui était affrété pour le prince Napoléon et lui servait de yack.
Ce prince Napoléon était le fils du prince Jérôme ex roi de Wesphalie, c'était le fameux Plon-Plon que les adversaires du régime impérial dotait d'une mauvaise presse. On en faisait un poltron. Envoyé comme le général en Crimée, il eut une attaque de choléra, par bonheur pour il en réchappa, mais ceux qui ne l’aimait pas transformèrent son choléra en frousse. On disait que les soldats, en parlant de lui au siège de ses Sébastopol, disaient: « qu'en verrons-nous Scutari? » Calembour qui voulait faire croire que sa diarrhée n'était provoquée que par la frousse intense qui prend les conscrits à leur première affaire. L'on disait: si les buissons sont des lauriers, Plon-plon se couvrira de gloire. L'oncle qui l'a connu, qui a navigué avec lui disait au contraire qu'il était très brave, imprudent même. Dans les mauvais temps, il ne le montrait pas, au contraire.
L'oncle fut ensuite à Toulon, et s’y trouvait à l'époque de la guerre de 1870. En 1871 eut lieu de la commune à Marseille et les troupes gouvernementales de la marine occupaient notre Dame de la Garde, position stratégique qui était la clé de Marseille, mais les communications par terre étaient rompues. Les marins de notre dame ne pouvaient communiquer avec Toulon.
Pour communiquer il fallait envoyer des messagers et l'oncle s’offrit comme volontaire. Il y risquait sa peau, s'il avait été découvert par des communards, il aurait été fusillé sur-le-champ. La tante Elodie et la tante Monlaud étaient à Marseille pendant toute la commune, l'oncle habillé en ouvrier partait de Toulon, portant les ordres cousus dans sa casquette et revenait de même. Il fit souvent ce périlleux trajet passant devant les sentinelles communardes de la gare, mais son déguisement le faisait prendre pour un frère. Les tantes allaient à la gare le voir arriver ou partir, mais ne lui parlaient pas, ne lui faisaient même pas un signe de reconnaissance, c’était une question de vie ou de mort. Il remettait les messages et rapportait les réponses.
Quand l'insurrection fut vaincue, on lui donna la croix d’officier de la Légion d’Honneur. Ce n'est pas l'oncle lui-même qui m'a raconté cela, il était trop modeste pour cela, mais ce sont les tantes Elodie et Isoline, qui pendant cette époque troublée vivaient dans l’angoisse.
Après avoir été adjoint au maire de Bordeaux pendant de longues années, maire de Bordeaux pendant quatre ans, président de beaucoup de sociétés philanthropiques, homme de bien et de devoir dans toute l’acception du mot, il fallut la croix et la bannière pour qu'il fût nommé commandeur de la Légion d'Honneur en 1905, seulement 34 ans après...
On fit à propos de sa nomination une manifestation grandiose qui le consola un peu de l'ingratitude de ses concitoyens. Au banquet de cette manifestation à laquelle j’ai assisté. Monsieur Casimir Périer, ancien Président de la République, dit ces paroles qui furent applaudies par toute l’assemblée: "Il y a 34 ans que vous avez été nommé officier de la Légion d'Honneur, donné parfois beaucoup trop tard pour compenser les croix que l'on donne souvent beaucoup trop tôt, c'est une application malheureuse du système des moyennes. »
Je joins à un exemplaire de cet écrit tout ce qui a été publié au moment de cette manifestation et des obsèques de mon oncle. Puis, mon oncle fut envoyé à Guérigny comme directeur des ateliers de la marine. Il y était au moment du 16 mai 1877. Le gouvernement de l'Ordre Moral lui enjoignant de faire pression sur ses ouvriers pour les faire voter en faveur des candidats du gouvernement. L'oncle s’y refusa, disant qu'il était officier, directeur et qu'il laisserait chacun libre de voter suivant sa conscience.
Peu après, il fut averti par des amis, que pour se venger, le gouvernement allait l'envoyer à Saigon. Comme son entrée au service datait de 1844 puisqu'il était entré à l'école polytechnique en 1846, et que les deux années d’école comptaient double, il avait 33 ans de service, il avait droit à sa retraite depuis trois ans. Il prit les devants et la demanda. Il fit bien. Le gouvernement de l'Ordre Moral dura jusqu'au mois d'octobre, est jusque là il serait sûrement parti pour la colonie. Il se retirera à Bordeaux au 84 de la rue Saint Genès et resta dans le même logement jusqu'à sa mort en 1907 et sa femme qui resta aussi jusqu'à la sienne en 1912.
C'est à Bordeaux que je l’ai bien connu. Avant cette époque, je l'avais très peu vu, mais il voulut bien s'occuper de moi, il se montrera un véritable oncle à mon égard. Je reviendrai là-dessus quand je parlerai de moi.
Une fois établi à Bordeaux il fut nommé conseiller municipal, puis adjoint. Il occupa longtemps ce poste. Aux élections de 1888, il est arriva premier sur la liste et fut nommé maire par ses collègues.
Il n'était pas politicien, il fit de la bonne administration, et dans le sein du conseil, le maire qu'il avait supplanté monsieur Daney lui fit une sourde opposition autant qu'il le put. Sans s'inquiéter de flatter l’électeur, il fit tout son devoir de maire, et fut obligé pour assurer la bonne marche des affaires de prendre des mesures impopulaires. Il était républicain, mais républicain honnête comme il en faudrait beaucoup et comme il y en a trop peu. Il ne considérait que l'intérêt général et non celui des particuliers. Aussi se fit-il beaucoup d’ennemis parce qu'il n’accordait pas tout ce qu’on lui demandait si cela ne lui paraissait pas juste ou nécessaire à l'intérêt de tous.
Il ne voulait pas être accusé de népotisme, il ne voulut rien faire pour me faire nommer à un poste rétribué par la mairie, parce qu'il y avait des gens, qui à son avis, le méritaient plus que moi. Un de ses amis, Monsieur Layet, professeur d'hygiène à la faculté, qui s'intéressait à moi me dit: « pendant que votre oncle et maire qu’il vous nomme médecin du dispensaire, cela vous permettra de vous établir ici et d'attendre la clientèle ».
Je lui en parlais, mais il ne voulut rien faire en disant que cette place pouvait convenir à un ancien interne s'il s’en présentait un. Je n'avais pas été interne je ne m'étais pas présenté. Je ne me fais aucune illusion sur mon compte. Je ne sais pas parler, je cherche mes mots, et je ne puis en public prendre la parole. L'art de la parole est un don, on naît orateur comme d'autres naissent musiciens peintres ou sculpteurs ou même rôtisseurs puisque l'on dit: On devient un cuisinier, mais on naît rôtisseur. Je n'aurai eu aucune chance d'arriver; alors pourquoi aller au devant d’un échec dans un concours.
Avec cette mentalité de maire on pouvait prévoir ce qui est arrivé. L’oncle qui était adjoint au maire depuis 1878, ne fut même pas réélu conseiller municipal en 1892. Il abandonna à la vie publique.
Il aurait pu se présenter et se faire élire sénateur, mais ils ne le voulut pas parce qu'il me dit qu'il était loin d'être orateur. Comme je m'en rendais compte pour moi, il le comprenait pour lui. Pourtant, un homme comme mon oncle aurait fait un bien meilleur sénateur que beaucoup d'autres bavards qui n'avaient que leur bagout pour tout bagage. Il se confina dans les oeuvres philanthropiques qui l'intéressaient comme le Club Alpin dont il était président pour la section du sud-ouest.
Il avait confié des fonds à un agent de change 150 000 francs parce qu'il était un cher camarade, c'est-à-dire un ancien polytechnicien. En cette qualité il lui inspirait toute confiance. Le cher camarade leva le pied en emportant les 150 000 francs que l’oncle ne revit plus.
Il s'excuse de cela dans son testament, mais, s'il ne les avait pas perdus je ne crois pas qu'il nous eut donné 50 000 francs de plus à chacun. Il aurait fait des legs au Club Alpin et à plusieurs sociétés philanthropiques. Ainsi nous n'avons rien à regretter. Il a donné sa bibliothèque à la ville de Bordeaux plutôt qu’à ses neveux.
Le pauvre homme était goutteux, mais goutteux dans les plus fortes proportions. Je l’ai vu avoir des crises qui lui durait plus de six mois sans pouvoir bouger. Quoi qu'il fut très intelligent, j'ai rarement vu quelqu'un d'aussi borné au point de vue médical, les mathématiques et la médecine faisaient deux choses absolument différentes. Il se soignait à l’homéopathie, c'est-à-dire qu’il traitait sa goutte avec le plus profond mépris thérapeutique.
Sur la fin de sa vie, car je fut docteur en médecine et établi depuis quelques temps c'est-à-dire vers 1902, il voulut bien avoir confiance en moi et prit de la pipérazine. Il hésita longtemps parce que « pipérazine. » il se figurait que cela était extrait du poivre ! !! A partir de ce moment il n'eut plus de ces crises interminables comme je lui en avais vu pendant mes études médicales.
Ce manque de soins, lui avait donné par suite de l’atrophie sur les valvules mitrales une féroce maladie de cœur qui l'emporta par insuffisance mitrale. Son cœur compensant assez bien pendant longtemps puisqu'il mourut à 78 ans, mais il finit dans les oedèmes et les étouffements avec d'atroces souffrances.
Il était très religieux, quoique protestant libéral. C'est-à-dire ne croyez pas à la divinité du christ, aussi était-il l'ami des juifs.
En 1885, quand mon oncle commença à s’occuper de moi, en somme il ne me connaissait pas, il était très réservé, mais plus tard quand il vit que je lui donnais satisfaction il fut beaucoup plus, affectueux. Il me rendit beaucoup de service. J'y reviendrais quand je parlerai de moi et de ma vie.
Il m'en aurait rendu davantage s'il n'avait pas été aussi timoré, si honnête et si droit. Je les ai beaucoup regrettés tous les deux, et j'étais heureux dans les voir de temps en temps à Bordeaux
J'ai fait souvent ce voyage tant qu’ils ont vécu et depuis leur mort je ne suis pas allé souvent à Bordeaux.

 

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